Le Documentaire

 

De l’avis de tous ceux qui l’ont côtoyé, Edgar Faure (1908-1988) était de la trempe des grands hommes, intelligent, cultivé, brillant orateur et fin diplomate. 
S’il n’a pas aujourd’hui la place qu’il mérite dans la mémoire collective, c’est que « Dieu lui a joué de mauvais tours », comme l’explique finement son ami l’avocat Paul Lombard : « Le premier, de le faire naître en même temps que le général de Gaulle ; le second, de faire de lui un contemporain de Pierre Mendès France. »

La raison d’être de ce documentaire, coproduit par Rodolphe Oppenheimer, petit-fils de ce serviteur du bien public, est ainsi fort bien posée : rendons à Edgar ce qui lui appartient et, en premier lieu, une place de choix dans l’histoire de la IVème République.

Brillant avocat d’affaires, ministre de la Justice, des Finances, puis président du Conseil, l’homme a réussi à durer – et ce n’est pas un mince exploit – dans le régime instable des partis. 
Il œuvre pour la modernisation du pays, et laisse entrevoir une voie médiane entre socialistes et libéraux. En 1955, il met en place les conditions de l’indépendance marocaine, évitant sans nul doute un conflit majeur. Sa trajectoire politique fut également marquée par un fort ancrage local en Franche-Comté.

On reprocha souvent à Edgar Faure sa versatilité, voire son manque de conviction, ce à quoi il répondait : « Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent. » Formule malicieuse à l’image d’un personnage plein d’humour et un rien cabotin, qui fut aussi écrivain et poète. Sur une trame ultraclassique faite de témoignages et d’archives, ce documentaire compose un portrait sage et instructif, hommage un peu figé à un homme de changement.
Isabelle Poitte 

Télérama n° 3001 - 21 Juillet 2007