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C'est officiel, depuis ce matin, le CPE n'est plus, Dominique de Villepin l'a annoncé ... Au moment où l'on attend encore les réactions des syndicats, en réunion intersyndicale depuis 17h00 au siège de la CGT, Jean Lebrun pose une question importante : qui décide et comment négocie-t-on en France dans de telles circonstances ?

Pour y répondre, à travers, entre autres, quelques exemples piochés dans l'histoire politique de notre pays, Jean Lebrun accueille deux spécialistes d'histoire politique autour du directeur de la revue Le Banquet, Nicolas Tenzer : le biographe d'Edgar Faure, Raymond Krakovitch et l'historien de l'Assemblée Nationale Bruno Fuligni.

Une émission préparée par Matthieu Garrigou-Lagrange et réalisée par Jean-Christophe Francis.
Reportages : Sofia Aouine et Raphaël Krafft.

France Culture


Les mots et les chiffres 29/09/05

Par Dominique SEUX (Les Échos)

Liturgie, litanie, léthargie. Le joli mot prêté à Edgar Faure pour décrire l'élaboration et la discussion du budget n'est assurément pas de mise cette année. Les projets de loi de Finances de l'Etat et de la Sécurité sociale présentés hier par Thierry Breton et Xavier Bertrand ont réservé jusqu'au bout des surprises. Ce fut d'abord la réforme inattendue de l'impôt sur le revenu. Puis les allers-retours sur les recettes de poche pour combler les déficits sociaux. Ou encore l'annonce que les déficits publics passeront bien sous la barre des 3 % du PIB l'an prochain. Enfin, pour être attendue, la réforme de la procédure budgétaire - la fameuse LOLF - constitue une vraie révolution. Si l'on y ajoute les débats prévisibles au Parlement entre les différents courants de la majorité, la copie gouvernementale est à coup sûr tout sauf pâle.

Mais quelles sont ses vraies couleurs ? C'est plus dificile à dire. La lecture de l'acte majeur de politique économique que constitue la présentation des budgets de l'Etat et de la Sécu n'est pas simple. L'effet psychologique des coups de pouce au pouvoir d'achat (PPE en 2006, impôt sur le revenu en 2007) est compensé par des prélèvements sociaux divers. Quelques astuces font par ailleurs peser un doute sur la réalité de la maîtrise des dépenses, surtout quand on entend les ministres se réjouir de la progression de leurs moyens... Enfin, le non-respect des promesses passées sur la baisse des déficits publics invite au scepticisme. Jusqu'à l'évolution du nombre de fonctionnaires, anecdotique par rapport à l'importance du nombre de départs à la retraite, qui brouille les cartes.

Ce souci de limiter les mauvaises nouvelles se double d'un discours plus subtil sur l'air du « c'est pas moi, c'est les autres ». Tout est fait, en effet, pour montrer que l'Etat est sérieux et que les dérapages sont le fait de la Sécurité sociale, à qui est demandé le plus d'effort, et des collectivités locales. Certes, la tendance lourde au basculement entre les dépenses des uns et des autres est réelle. Il n'en reste pas moins que ce qui compte, c'est le tableau d'ensemble, au-delà du discours optimiste de Bercy. Or, là, les chiffres parlent plus que les mots et témoignent d'une rigueur toute relative. Le déficit de l'Etat dépasse 45 milliards d'euros et celui de la Sécurité sociale touche les 12 milliards. La dette publique dépassera les 1.100 milliards en décembre, un cinquième des recettes fiscales est affecté à ses intérêts, tandis que les prélèvements obligatoires seront au plus haut depuis six ans.

Dans la copie présentée par Dominique de Villepin, on ne voit guère la trace du cri d'alarme lancé avant l'été par Thierry Breton, qui avait déclaré que « la France vit au-dessus de ses moyens », ni d'un ajustement de l'Etat. Et alors même que le retour sur investissement de ces dérapages est médiocre : la croissance atteint péniblement, ici, la moitié de ce qu'elle est dans le monde (4%) et notre modèle social, personne n'en disconvient, n'est pas optimum. Difficile de convaincre que notre système de finances publiques n'est pas à bout de souffle et qu'une année blanche sans réforme efficace n'est pas une année perdue